Une vie sous la yourte

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Joseph, 27 ans, nous raconte son choix de l’agriculture et de la vie en yourte. Témoignage inspirant d’un jeune homme qui vit de ses convictions.

Greeniaume : y a-t-il toujours eu chez toi l’évidence de l’agriculture ?

Pas du tout ! J’avais la vague idée depuis que j’étais petit de devenir dessinateur automobile, un choix qui découlait surtout de l’héritage familial. Mais en soi je n’ai jamais été trop sûr de cette option. A l’école, je souffrais des méthodes académiques d’apprentissage, qui ne conviennent, je le crois, qu’à une seule catégorie d’élèves —et je n’étais pas de ceux-là.

En juin 2003, je me suis méchamment cassé le bras, et ai été obligé de renoncer à tous mes projets les plus fous. Fini le rêve d’être designer chez Ferrari ! A ce moment-là, je me souviens, j’avais déjà besoin d’une pause, besoin d’un an pour réfléchir un peu, et pour donner du temps à aider les autres. Après le tsunami de décembre 2004 en Indonésie, je voulais partir en volontaire, mais j’étais encore trop jeune, et l’association avec laquelle j’envisageais de partir a refusé ma candidature. A la place, je me suis contenté de parrainer une enfant au Burkina Faso, avec l’indemnité reçue pour mon accident.

Joseph

En 2005, j’ai enfin obtenu mon Bac S, à Tours. Après ça, mes études ont été assez chaotiques. J’ai tenté un an en médecine, mais au bout de trois mois je n’allais plus qu’aux cours qui m’intéressaient pour ma culture générale. Je me suis alors essayé à une prépa kiné, où je me suis retrouvé à apprendre à calculer la vitesse de rotation des satellites autour de la Terre, et non pas comme je le croyais à masser et soulager les douleurs. Je me demandais en permanence pourquoi je continuais dans ma routine, jour après jour… C’est à ce moment que j’ai préparé mon voyage pour aller rencontrer l’enfant que je parrainais au Burkina, juste pour partir loin, loin de mes échecs : une rencontre extrêmement émouvante, et un mois de baroudage, à vivre au jour le jour. J’ai même continué dans la foulée avec un voyage en Palestine.

Et puis j’ai passé le pas, et je suis parti vivre un an au Salvador, sans rien connaître de sa culture ni de sa langue, pour une mission humanitaire. C’est un pays où la guerre est omniprésente, où dès leur très jeune âge les enfants s’engagent dans les gangs qui s’affrontent, et n’ont pas accès à l’éducation. Le film documentaire La Vida Loca, de Christian Poveda, retrace parfaitement la réalité de la vie d’un quartier voisin de celui où j’ai vécu.

Je crois que c’est à ma rentrée en France que j’ai vraiment pris conscience de l’urgence de mener une vie différente de celle qui m’était destinée.

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Peux-tu nous décrire ce qui t’a marqué quand tu es revenu en France ?

D’abord, j’en voulais aux Européens ayant une « belle vie » de ne rien faire pour ceux n’ayant pas cette chance. J’avais l’impression qu’ils étaient responsables, par leur inaction, de la situation des populations défavorisées dans le monde. J’étais également frappé par la futilité d’une existence dans une société de consommation, après un an au sein d’une population dont le quotidien est de survivre à la guérilla urbaine.

Pour faire quelque chose, j’étais animateur social à cette époque. Le boulot me plaisait (je l’ai gardé trois ans), parce qu’il ressemblait de loin à ce que je faisais au Salvador, mais il me manquait quelque chose. J’habitais un tout petit appartement, dans une espèce de tour qui donnait sur l’A10… Je n’étais pas heureux.

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Alors quel a été le déclic, le point de non-retour quant à ta décision de vivre de manière alternative ?

J’ai décidé de retourner au Burkina Faso, avec une bande d’amis. J’ai revu la petite Edwige, de manière plus détendue et plus approfondie. Mais surtout, je me souviens d’une grande balade en moto dans la brousse avec un des amis avec qui j’étais parti. On a aperçu au loin une espèce de hutte, construite de main d’hommes, et sans aucune trace de civilisation occidentale à des kilomètres à la ronde. Ces gens-là n’avaient presque rien, mais ils m’ont parus beaucoup plus heureux que moi dans mon cube de béton ! C’est à ce moment-là que j’ai pris la décision de vivre le plus simplement possible à mon retour en France.

Au bout de six mois, c’était fait, je m’étais acheté une yourte. En tout, l’achat et l’installation m’ont coûté 5000€, ce qui était vite rentabilisé en comparaison du loyer que je payais en appartement ! J’étais enfin propriétaire, et de 30 m2 encore ! J’ai habité deux ans dans le jardin d’un couple d’amis à Amboise, et le Trésor Public n’a même pas voulu que je paie de taxe d’habitation (ça aurait voulu dire reconnaître la yourte comme un habitat légal).

C’est une vie complètement différente de celle à laquelle on est habitués, et j’avoue qu’elle me convient d’autant mieux que je n’ai pas de grandes exigences de confort : l’eau courante et internet me suffisent pour trouver un lieu accueillant, si la nature environnante est belle ! Clairement, j’avais trouvé le mode de vie qui me plaisait, mais il me fallait encore réfléchir au futur, et pour ça je ne pouvais pas continuer à travailler comme si de rien était. Je suis alors passé de petits boulots en petits boulots, en fermes, en jardins individuels… J’ai fait une formation de trois mois en Sologne, à la ferme de sainte Marthe, avec Philippe Debrosse, initiateur de label bio. Puis je suis parti faire du WWOOFing¹ dans les Cévennes, et j’ai eu un gros coup de cœur pour une ferme en Lozère : une vingtaine d’ânes pour des randonnées, et un demi hectare de terrain pour les légumes. Pendant quelques mois, j’y ai passé tous mes week-ends et mes vacances, tandis que je suivais une formation agricole pendant la semaine (BPEA), et puis j’ai fini par y monter ma yourte et par y vivre.

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Raconte-nous un peu, comment est-ce de vivre en yourte ?

En tout, je suis resté deux ans dans les Cévennes, et c’est là que j’ai pu le plus apprécier la vie en yourte. On y est beaucoup plus proche de la nature : il faut aller se couper du bois tous les soirs pour se chauffer et pour cuisiner, aller chercher de l’eau à la source et la faire chauffer sur le feu pour la cuisine, la vaisselle et la douche, construire ses toilettes sèches dans un petit cabanon hors de la yourte… Je me fais réveiller le matin par les bruits des animaux autour de la yourte, j’observe les étoiles la nuit quand je laisse mon toit ouvert.

J’apprécie aussi énormément de ne plus dépendre du gaz, de ne quasiment pas gâcher d’eau potable, de ne plus être branché sur le réseau nucléaire mais sur mes propres panneaux solaires. Depuis que j’ai investi dans des panneaux de bonne qualité, ils me permettent d’être entièrement autonome !

Je suis aussi complètement libre de mes mouvements, puisque ma yourte peut se monter en quatre heures si on est quatre, et se transporte, avec toutes mes affaires, dans un petit camion de location. Le seul hic, c’est évidemment qu’il est illégal en France d’y vivre plus de trois mois par an. J’avais vraiment peur, au début, des poursuites judiciaires et des destructions qui ont lieu relativement fréquemment chaque année. Finalement, après quatre ans et demi, je n’ai jamais été inquiété, ni même dénoncé : je crois que la règle d’or est de montrer aux voisins qu’on n’est pas un Cro-Magnon, et tout se passe paisiblement.

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Et quel est le programme maintenant ?

Je suis revenu planter ma yourte en Touraine en novembre 2013 à la suite d’un désaccord avec les paysans de la ferme de Lozère. Je cultive une petite parcelle, je vends mes légumes dans une AMAP locale. Prochaine étape : trouver la terre idéale à acheter pour vivre en accord avec mes idées et en harmonie avec Dame Nature !

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¹ WWOOF : WorldWide Opportunities in Organic Farms

– Propos recueillis par Louise Roblin –

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