L’électrosensibilité est-elle vraiment une maladie ?

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Les ondes électromagnétiques sont-elles nocives pour la santé ? Peut-on être malade du fait de leur présence ? De quoi parle-t-on quand on évoque l’électrosensibilité ? Cet article vise à dresser un tableau de la controverse qui anime les mondes scientifique, médiatique, politique, économique et citoyen.

Vous avez dit « ondes électromagnétiques » ? 

En physique moderne, on distingue trois types d’ondes :

  • les ondes mécaniques (typiquement, les vagues),
  • les ondes sonores
  • et les ondes électromagnétiques.

Ces dernières modifient le champ électromagnétique qu’elles traversent, et se propagent en tout type de milieux. La figure ci-dessous permet de distinguer les rayonnements ionisants (rayons X ou gamma, mais aussi la radioactivité naturelle), les ondes lumineuses (ultraviolet, visible, et infrarouge), et les rayons non-ionisants. C’est à ces derniers, allant des basses fréquences aux micro-ondes, que l’on s’intéressera dans cet article, et qui sont au centre de la controverse sur l’électrosensibilité.

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De la difficulté de définir l’électrosensibilité

Certains utilisateurs, dont le nombre est indéterminé mais non négligeable, affirment ressentir des maux de tête, des troubles du sommeil, des acouphènes, des brulures de peau, des nausées, des vertiges, et lient ces symptômes avec la présence d’ondes électromagnétiques. C’est ce groupe d’individus que l’on nomme les électrosensibles, ou électrohypersensibles : un groupe qui s’auto-définit, mais qui n’est pas reconnu par la communauté scientifique comme réuni par une maladie commune. En effet, la diversité des symptômes (des troubles tant neurologiques que biologiques et comportementaux) ne permet pas de caractériser l’électrosensibilité comme un syndrome ou une maladie, un problème renforcé par l’absence complète de preuve scientifique quant au lien de cause à effet des symptômes avec la présence d’ondes électromagnétiques non-ionisantes. Si quelques études épidémiologiques ont été menées en France et en Suède en particulier, celles sur les effets biologiques et génétiques sont extrêmement contradictoires.

Malgré cela, ceux qui se définissent comme électrosensibles, quelques médecins, mais surtout des associations (le Réseau des EHS de Robin des Toits, electrosensible.org, Une terre pour les EHS, Next-up organisation, etc.) se mobilisent pour une reconnaissance médicale de la situation des électrosensibles et pour une mise en place de mesures de précaution. Leur argumentaire se base essentiellement sur leur propre ressenti, mais aussi sur quelques regroupements géographiques de personnes atteintes de symptômes similaires, s’étendant parfois à des quartiers entiers. Dans ces quartiers, arguent-ils, même les chiens sont atteints de cancers et de problèmes de tyroïde. En vertu du principe de précaution, les électrosensibles sont ainsi reconnus comme handicapés (NB : pas comme « malades ») par certains pays tels que la Suède ou le Royaume-Uni.

Le reste des acteurs, quant à eux, bien qu’ils reconnaissent la souffrance des malades, n’associent pas l’électrosensibilité aux champs électromagnétiques, mais plutôt à une phobie d’ordre psychiatrique. Typiquement, l’OMS écrit, sur son site¹ :

L’hypersensibilité electromagnétique est caractérisée par divers symptômes non spécifiques qui diffèrent d’un individu à l’autre. Ces symptômes ont une réalité certaine et peuvent être de gravité très variable. Quelle qu’en soit la cause, la HSEM² peut être un problème handicapant pour l’individu touché. Il n’existe ni critères diagnostiques clairs pour ce problème sanitaire, ni base scientifique permettant de relier les symptômes de la HSEM à une exposition aux CEM³. En outre, la HSEM ne constitue pas un diagnostic médical. Il n’est pas non plus évident qu’elle corresponde à un problème médical unique.

Une controverse qui touche à toutes les sphères de la société

La controverse, on le voit, est d’abord scientifique. La complète incertitude qui règne quant à la reconnaissance de l’électrosensibilité comme une maladie causée par le champ magnétique découle principalement de l’absence totale d’études menées par des experts indépendants. Les chercheurs investis sur ce problème sont en effet tous partie intégrante de comités d’experts de compagnies de télécom. A titre d’exemple, Bernard Veyret, un des spécialistes les plus virulents dans ce domaine, est également membre du conseil scientifique de Bouygues Télécom… Les recherches étant également financées par les opérateurs eux-mêmes dans la plupart des cas, il est difficile d’imaginer une complète liberté de résultats, dans un contexte d’intérêt économique pour une couverture réseau de plus en plus totale.

La grande diversité des autres acteurs, tant économiques que politiques ou sociétaux, mêlée à cette incertitude scientifique, conduit à un rapport de force, chacun tentant de peser sur la visibilité du dossier et d’influencer son orientation. Le défi, pour tous, est de continuer à exister sur toutes les scènes : dans les médias, au tribunal, en politique, dans la rue, dans la sphère scientifique, et par là de tenter de convaincre l’opinion publique.

Bien que les pouvoirs publics se soient déjà emparé de la problématique, le chemin vers sa résolution est encore long à parcourir : la révision des normes d’exposition demandée par le Parlement européen n’a jamais été reprise par le Parlement français ; de même,  le programme de l’hôpital Cochin visant à l’élaboration d’un protocole de prise en charge des électrosensibles et au soutien de la recherche sur les causes de leurs symptômes n’est toujours pas mis en place.

Pourtant, que l’électrosensibilité soit causée par la présence d’ondes électromagnétiques ou non, la multiplication des technologie sans fil, la programmation de couverture totale du territoire, et par là la disparition des quelques zones blanches (i.e. zones encore épargnées par les champs électromagnétiques) rendent urgente la prise de décision.

 

¹ http://www.who.int/peh-emf/publications/facts/fs296_fr/en/ 

² HSEM : Hyper-sensibilité électromagnétique

³ CEM : Champs électromagnétiques

 


 

Are electromagnetic waves nocive for health? Can we be ill because of their presence? What are we talking about when we evoke electromagnetic hypersensitivity? This article aims at drawing a picture of the controversy that animates the scientific, mediatic, political, economical and societal worlds.

You said « electromagnetic waves »?  

In modern physics, we distinguish three types of waves:

  • mechanical waves (typically, waves),
  • soundwaves,
  • and electromagnetic waves.

The latter alter the electromagnetic field through which they pass, and propagate in all types of environment. The figure below allows to distinguish between ionizing radiation (X-rays of gamma-rays, but also natural radioactivity), light waves (ultraviolet, visible, and infrared), and non-ionizing radiation. The latter, spreading from low frequencies to micro-waves, are at the center of the EHS controversy, and will be addressed in this article.

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The difficulty of defining EHS 

Somes users, whose numbers are unknown but not negligible, say they feel headaches, sleep disturbances, tinnitus, skin burns, nausea, dizziness, and link these symptoms with the presence of electromagnetic waves. This group is named electromagnetic hypersentitives: a group that defines itself, but that is not recognized by the scientific community as gathered by a common disease. The variety of symptoms (neurological as well as biological or behavioral troubles) does not allow, indeed, to characterize EHS as a syndrome or a disease; a problem strengthened by the complete absence of scientific evidence of the link between those symptoms and the presence of non-ionizing electromagnetic waves. If some epidemiological studies have been conducted in France and Sweden in particular, those on the biological and genetical effects are extremely contradictory.

In spite of this, those who define themselves as electromagnetic hypersensitives, some doctors, but mainly associations (le Réseau des EHS de Robin des Toits, electrosensible.org, Une terre pour les EHS, Next-up organisation, etc.) mobilize themselves for a medical recognition of EHS and for the implementation of precautionary measures. Their argument is based essentially on their own feelings, but also on some geographical groupings of people with similar symptoms, sometimes spreading on entire neighborhoods. In these neighborhoods, they argue, even the dogs are suffering from cancer and thyroid problems. By virtue of the precautionary principle, EHS is hence recognized as a handicap (NB: not as a « disease ») in some countries such as Sweden or the UK.

The rest of the actors, for their part, although they acknowledge the suffering of the sick, do not associate EHS to electromagnetic fields, but rather to a psychiatric phobia. Typically, the WHO writes, on its website¹:

EHS is characterized by a variety of non-specific symptoms, which afflicted individuals attribute to exposure to EMF². The symptoms most commonly experienced include dermatological symptoms (redness, tingling, and burning sensations) as well as neurasthenic and vegetative symptoms (fatigue, tiredness, concentration difficulties, dizziness, nausea, heart palpitation, and digestive disturbances). The collection of symptoms is not part of any recognized syndrome.

A controversy that affects all spheres of society

The controversy, as we see, is firstly scientific. The complete uncertainty as to the recognition of EHS as a disease caused by the electromagnetic field is mainly due to the total absence of studies conducted by independent experts. The researchers invested on this issue are indeed all part of Telecom companies expert committees. As an example, Bernard Veyret, one of the most virulent specialists in that field, is also member of Bouygues Telecom’s scientific council… The research being funded by the operators themselves in most cases, it is difficult to imagine a complete freedom of results, in a context of economical interest for a more and more complete network coverage.

The great variety of other actors (economical, political, societal), mingled with this scientific uncertainty, leads to a power struggle, each one trying to influence the visibility of the issue and its direction. The challenge is, for all, to continue to exist on every stage:  in the media, the court, in politics, in the street, in the scientific sphere, and thereby try to convince public opinion.

Although the public authorities have already seized the issue, the path to resolution is still long: the revision of exposure standards requested by the European Parliament has never been adopted by the French Parliament; similarly, the Cochin hospital program for the development of a management protocol for EHS and for supporting research on the causes of their symptoms is still not in place.

Yet, whether electrosensitivity is caused by the presence of electromagnetic waves or not, the proliferation of wireless technology, the programmed full coverage of the territory, and thus the disappearance of the few white areas (ie areas still untouched by fields electromagnetic) make decision making quite urgent.

¹ http://www.who.int/peh-emf/publications/facts/fs296/en/

² EMF: Electromagnetic fields

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