Les Petits Etats insulaires en développement dans les négociations climatiques

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Après avoir parlé, le mois dernier, des différents groupes de négociation dans le premier numéro de La COP décryptée, nous présentons ici une coalition formée par les États les plus vulnérables et faibles face au dérèglement climatique : les Petits États insulaires en développement. Pourvus de peu de ressources techniques et économiques, ces États ont su, grâce à des apports d’acteurs extérieurs sensibles à leur cause, construire une alliance pour agréger leurs moyens et leurs revendications, en tant que premières victimes et derniers responsables du changement climatique.

Lire en PDF: ASPE-COP21 – Les Petits Etats insulaires en développement

Les Petits États insulaires en développement face au changement climatique

Les Petits États insulaires en développement (PEID ou SIDS d’après leur acronyme anglophone) représentent à ce jour 39 États repartis sur trois zones géographiques différentes. Leur situation particulière face aux défis du changement climatique a été reconnue dès le sommet de Rio en 1992. Ils possèdent des caractéristiques communes, notamment une forte exposition aux risques engendrés par le réchauffement climatique. Si le risque le plus évident est celui de la montée du niveau des mers, les PEID sont aussi touchés par des phénomènes climatiques extrêmes, comme des typhons et des fortes pluies, phénomènes dont la récurrence va désormais croissante. De plus, leur situation, souvent isolée tant au niveau des moyens de transports que de communications, a freiné leur développement économique. Ce développement est pourtant nécessaire pour disposer de moyens financiers en vue d’une atténuation des effets du changement climatique, qui concerne directement ces pays, mais dont ils sont loin d’être les premiers responsables.

Pour compenser un manque de moyens tant financier que d’expertise, les PEID ont développé un système d’alliances avec des États sympathisants. C’est ainsi que, malgré un certain manque d’intérêt à leur égard, notamment dans les travaux scientifiques sur les négociations climatiques, les petits États insulaires réussissent à mettre leurs thèmes à l’agenda des conférences internationales, notamment à travers la diplomatie de niche et la formation de coalitions lors des négociations.

Les PEID lors des négociations sur le changement climatique

Les PEID sont généralement représentés par l’AOSIS (Alliance of Small Island States) lors des négociations sur le changement climatique. Actuellement, l’Alliance compte 43 membres. Malgré ce nombre élevé, l’une des faiblesses de ce type de coalition est le risque qu’une partie des membres soit achetée par des pays plus puissants, réduisant d’autant le nombre de soutiens et donc la force de l’Alliance.

Les stratégies de l’Alliance des petits États insulaires

Pour donner une plus grande visibilité à ses objectifs, l’AOSIS, outre le fait qu’elle priorise certaines thématiques lors des discussions, a recours à différentes stratégies de négociation. Elle se présente tout d’abord comme un acteur défendant des principes moraux, rappelant notamment aux grandes puissances que leurs émissions en gaz à effet de serre mettent en danger la survie de ses États membres. Ainsi « 1.5 to stay alive » est devenu l’un des slogans pour montrer la nécessité d’une réduction dramatique des émissions de carbone le plus rapidement possible. Ces arguments moraux ont cependant parfois du mal à s’imposer dans des négociations qui portent, très souvent, sur des thématiques a priori économiques.

D’autre part, l’AOSIS a recours à des acteurs externes comme des organisations non gouvernementales (ONG) et des experts du changement climatique. L’expertise scientifique permet à ses États membres de renforcer leurs propos, tandis que les ONG donnent une plus grande visibilité aux revendications de l’AOSIS. Ainsi, lors de la COP15 en 2009 à Copenhague, qui a été marquée par l’échec des négociations sur les réductions obligatoires des émissions, l’AOSIS, en coopération avec l’ONG Avaaz, avait réussi à porter son message au-delà du sommet par le biais d’une communication intense.

La constitution d’objectifs communs

Outre les avantages apportés par cette coalition d’acteurs variés, l’AOSIS a également su gagner de l’importance lors des négociations climatiques en constituant des positions et objectifs communs. La réunion des ministres de l’AOSIS a lieu régulièrement dans l’optique de concevoir ces objectifs et de parler d’une seule voix lors des négociations. Le 12 novembre dernier, une déclaration commune sur les buts à atteindre lors de la COP20 à Lima, et également en prévision de la COP21 à Paris en 2015, a avancé certaines priorités pour la coalition. Outre des demandes d’aides financières venant des pays développés, l’AOSIS appelle ainsi à un engagement particulier des États-Unis et de la Chine – un accord a d’ailleurs été signé le même jour entre les deux puissances –, mais également une réduction massive des émissions de gaz à effet de serre bien avant 2020. En effet, particulièrement touchée par la montée du niveau des mers, l’AOSIS demande des dispositifs permettant de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C pour pouvoir assurer la survie de tous ses États membres. En ce sens, l’enjeu central de l’AOSIS pour 2015 est la signature d’un accord liant juridiquement toutes les parties à leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

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Le mois prochain :

Le prochain article de La COP décryptée sera consacré à la place du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) au sein de la gouvernance climatique. Affaibli par le « climategate » de 2009, nous verrons en quoi ce groupe reste un des piliers de la gouvernance du climat, du fait de sa forte institutionnalisation et de sa visibilité au sein d’une nébuleuse très complexe constituée d’acteurs hétérogènes. 

Aller plus loin :

http://vertigo.revues.org/10471 : série d’articles autour du thème “Les petits États et territoires insulaires face aux changements climatiques : vulnérabilité, adaptation et développement”.

http://www.un.org/en/events/islands2014/didyouknow.shtml : page de présentation sur la page officielle de l’ONU sur l’année internationale des petits États insulaires en développement (2014).

http://aosis.org/ : Site officiel de l’AOSIS

Nicole Deitelhoff and Linda Wallbott: Beyond soft balancing: small states and coalition-building in the ICC and climate negotiations, Cambridge Review of International Affairs, Vol. 25, N° 3, 2012, pp. 345-366.

Lisa Biermann et Ange Chevallier

Crédits photos : https://www.flickr.com/photos/softpixtechie/ et Sciences Po, COP21 Make It Work

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