La place du GIEC dans la gouvernance climatique

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Ce nouvel article de la « COP décryptée » vise à comprendre le rôle et la place du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans la gouvernance climatique actuelle. Créé en 1988 par deux agences onusiennes, et Prix Nobel de la paix en 2007, le GIEC apparaît comme une forme de centre de gravité pour une gouvernance qui reste encore fragile, ce malgré les critiques récurrentes à son égard.

Le rôle du GIEC dans la lutte contre le changement climatique

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a été créé en 1988 par le Programme des nations unies pour l’environnement (PNUE) et l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Il a un poids important dans l’orientation des décisions concernant le changement climatique. Ayant pour mandat d’« établir, à partir des informations scientifiques disponibles, un diagnostic sur les aspects scientifiques, techniques et socio-économiques des changements climatiques qui pourraient résulter des activités humaines »[1], le groupe a en effet fourni les bases pour l’implémentation de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) au Sommet de Rio de 1992 (à la suite du premier rapport de 1990), et pour le protocole de Kyoto de 1997 (deuxième rapport de 1996).

Le GIEC est généralement mis en avant lors de la publication de ses rapports, qui constituent un travail titanesque visant à synthétiser la littérature scientifique traitant des questions climatique autour des trois volets thématiques suivants : les preuves scientifiques du changement climatique ; ses conséquences en termes d’adaptation et de vulnérabilité ; et enfin la question de l’atténuation. Le dernier rapport en date est celui de 2014. Afin de donner une idée du travail que ce type de rapport représente, il faut savoir qu’à lui seul, le deuxième volet de ce rapport a mobilisé 309 auteurs, coordonnateurs et réviseurs, représentant 70 pays, avec l’aide de 436 contributeurs et 1729 experts nationaux et gouvernementaux.

La place du GIEC dans la gouvernance climatique

Dans la gouvernance climatique, le GIEC occupe une place fondamentale dans la mesure où il vient légitimer et appuyer les mesures qui sont prises ensuite par les États membres lors des Conférences internationales sur le climat. Alors que le rapport de 2008 a fortement alimenté les débats de la COP15 de Copenhague en 2009, celui de 2014 va permettre de nourrir les débats lors de la COP21 qui aura lieu à Paris à la fin de l’année 2015. Le GIEC est cependant loin de faire l’unanimité, et possède une capacité à s’adapter et à inclure de nombreux acteurs dans ses travaux.

Un processus fragile de légitimation internationale

Alors que l’éloignement des États-Unis vis-à-vis des organes multilatéraux – qui a débuté après le 11 septembre 2001 – et la montée des pays émergents dans les Relations internationales ont favorisé le blocage actuel des négociations climatiques, le GIEC apparaît avoir évolué dans une direction opposée en s’établissant comme une référence. En effet, seuls les pays du Nord avaient des intérêts en jeu dans le cadre du protocole de Kyoto en 1997, alors que les pays du Sud ne se sentaient pas encore concernés[2]. Cependant la multiplication de catastrophes attribuables au changement climatique, l’intégration de nouvelles problématiques susceptibles d’intéresser le Sud (gestion des forêts, usage des sols…), ainsi qu’un long travail d’intégration de scientifiques du Sud dans le processus, ont conféré au GIEC une plus grande légitimité. L’attention s’est alors davantage tournée vers le deuxième groupe de travail chargé d’évaluer les risques et, depuis 2004, la vulnérabilité face au changement climatique.

Le GIEC a également été critiqué du fait de l’intrusion croissante du politique dans le scientifique, notamment à l’occasion du sommet de Copenhague[3]. Toutefois, il reste pour beaucoup une instance certes liée au politique, mais dans un sens allant du scientifique vers le politique[4]. Le procédé extrêmement contrôlé de production des rapports du GIEC et son amélioration au fil des années assurent en effet une indépendance scientifique certaine malgré les intrusions politiques qui apparaissent principalement lors de la rédaction du résumé à l’attention des décideurs. Ce rapport entre science et politique reste toutefois un élément de controverse central lorsque l’on se penche sur le fonctionnement du GIEC.

L’intégration d’acteurs de la société civile aux travaux du GIEC

Outre cette nécessité à devoir toujours légitimer son action, le GIEC doit se positionner dans une nébuleuse d’acteurs très vaste. Ainsi, la société civile n’a attendu ni le GIEC ni les gouvernements pour s’investir dans la lutte pour l’environnement, même si les scientifiques ont été les éléments clés du processus de lancement d’alertes dès la fin des années 1960. Les années 1980 ont vu se multiplier les ONG environnementales, mais également les ministères voués à la protection de l’environnement. Face à la multiplication de ces organismes, le GIEC a toutefois su s’adapter en intégrant l’ensemble de ces différents acteurs dans son processus de production des rapports, en offrant notamment la possibilité aux experts, États, entreprises et ONG d’adresser des critiques écrites durant la rédaction des rapports[5].


Le mois prochain :

Le prochain numéro de la COP décryptée portera sur les enjeux qui vont animer la COP de Paris à la fin de l’année. L’un des principaux objectifs sera de mettre en place un nouvel accord qui devra remplacer le Protocole de Kyoto. Celui-ci devra à la fois être plus ambitieux et plus contraignant, du fait de la dégradation accélérée du climat.


Aller plus loin :

 Site du GIEC : http://www.ipcc.ch/home_languages_main_french.shtml

Dernier rapport du GIEC :

Partie 1, Les éléments scientifiques (2013) :

http://www.ipcc.ch/report/ar5/wg1/index_fr.shtml

Partie 2, Conséquences, Adaptation et Vulnérabilité (2014) :

http://www.ipcc.ch/report/ar5/wg2/index_fr.shtml

Partie 3, Atténuation du Changement Climatique (2014) :

http://www.ipcc.ch/report/ar5/wg3/index_fr.shtml


[1] Fellous, J.-L., « Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC): à l’interface entre science et politique », in Annuaire français de relations internationales, (2008), p. 918.

[2] Gaudillière, J.-P., « L’ascension des pays du sud dans les négociations climatiques. Entretien avec Amy Dahan, historienne des sciences, directrice de recherche au CNRS et directrice adjointe du centre Alexandre Koyré », in Mouvements, vol. 60 (2009), no 4, p. 46.

[3] Aykut, S.C. et Dahan, A., « Le régime climatique avant et après Copenhague : sciences, politiques et l’objectif des deux degrés », in Natures Sciences Sociétés, vol. 19 (2011), no 2, p. 144‑157.

[4] Ypersele, J.-P. van et Gaino, B., « Comment le GIEC gère-t-il les incertitudes scientifiques ? », in Zaccaï, E. (dir.), Controverses climatiques, sciences et politique, Paris, Presses de Sciences Po, 2012, p. 79.

[5] Fellous, J.-L., « Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC): à l’interface entre science et politique », op. cit., p. 919

– Lisa Biermann et Ange Chevallier –

2 réflexions sur “La place du GIEC dans la gouvernance climatique

  1. jipebe29

    Depuis 18 ans, nous avons émis plus de 40% de toutes nos émissions de CO2 depuis le début de l’ère industrielle, et pourtant, sur cette période, la TMAG (température moyenne annuelle globale) est restée stable. Comme par ailleurs les projections des modèles numériques divergent de plus en plus des observations, et que le point chaud en zone intertropicale, qui devait être LA signature de l’action du CO2 sur la TMAG, n’existe pas, comment accorder du crédit aux thèses préconfigurées et hypothétiques du GIEC et pourquoi accepter des politiques climat -énergie suicidaires?

    Le bon sens voudrait que l’on attende 2020 pour voir comment va évoluer la TMAG, car il est fort possible d’avoir un refroidissement, comme ce fut le cas dans les années 1950, en fonction des cycles océaniques de 60 ans, et de cesser les politique climat-énergie qui mènent nos économies à la ruine.

    Quelques documents sur la problématique climatique et la critique de l’effet de serre radiatif : http://dropcanvas.com/#f4915J5BMuS64O

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