Les enjeux de la COP21

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« La COP décryptée » n°4

Le mois dernier, nous avons proposé d’aborder la question de l’importance des travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans la préparation des négociations sur le changement climatique et la place de celui-ci dans la gouvernance du climat en général. Nous avions vu que le rapport du GIEC de 2014 et ses conclusions scientifiques sur le changement climatique offraient par ailleurs une mise en avant des enjeux des futures négociations de la COP21 qui aura lieu en 2015 à Paris. Nous présentons ici les grandes lignes autour desquelles cet accord devrait être discuté.

Éviter un nouveau « Copenhague »

L’un des enjeux centraux des négociations qui se tiendront fin 2015 à Paris est tout d’abord, et très simplement, d’éviter un nouvel « échec », comme cela avait été le cas lors de la Conférence des parties à Copenhague en 2009 (COP15). La conférence avait alors pour but de trouver un accord pour renouveler le Protocole de Kyoto, dont la première étape prenait fin en 2012. Malgré la mise en place d’un accord final au terme des négociations à Copenhague, les réactions qui ont suivi la COP15 ont été, notamment de la part des Organisations non gouvernementales (ONG) environnementales, plutôt négatives. Ceci est dû, entre autres, au fait que l’accord final ne soit pas juridiquement contraignant pour les États. Les contraintes et les incitations dont les États font l’objet pour effectivement tenir leurs engagements se révèlent ainsi très limitées.

Si la COP21 est à ce point attendue, outre cette volonté d’oublier Copenhague, c’est qu’elle a été fixée par la conférence de Durban en 2011 (COP17) comme le lieu de la mise en place d’un accord global, devant notamment fixer les engagements étatiques visant à lutter contre le réchauffement climatique au-delà de 2020. Les négociations de 2015 auront ainsi pour but de trouver un « accord universel », entre autres, sur la limitation de l’augmentation de la température globale à moins de 2°C et la réduction des émissions de gaz à effets de serre. Afin de favoriser au maximum la possibilité de trouver un accord commun, des pré-négociations ont eu lieu à Lima au Pérou. Ces discussions, qui avaient lieu du 1er au 12 décembre 2014, ont été vues comme un test quant à la possibilité de trouver un accord à Paris en 2015.

Limiter l’augmentation de la température globale

Alors que les pays industrialisés, comme la France, visent une limitation de l’augmentation de la température globale à moins de 2°C, d’autres parties aux négociations, comme par exemple l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS) souhaitent obtenir un engagement global visant à limiter le réchauffement climatique à moins de 1,5°C[1]. On constate donc d’emblée une première fracture entre les États, qui rend les négociations environnementales difficiles sur ce point. Néanmoins, le dernier rapport du GIEC montre que, pour l’instant, ni l’un ni l’autre des chiffres avancés ne pourrait être atteint sans une réduction massive des émissions de gaz à effet de serre allant largement au-delà des politiques mises en place actuellement. L’objectif nécessaire pour une limitation du réchauffement climatique à 2°C serait, d’après le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), une réduction des émissions de gaz à effet de serre ayant pour objectif ultime une « émission zéro » en 2100. Or un tel objectif semble aujourd’hui illusoire compte tenu des évolutions en la matière lors des vingt dernières années.

Trouver un accord sur les émissions de gaz à effet de serre

Au-delà de ces chiffres de 1,5 ou 2°C, la COP21 sera aussi le lieu pour négocier l’ampleur des réductions des émissions de gaz à effets de serre à laquelle les États doivent s’engager pour la période de l’après-2015. L’une des principales causes du réchauffement climatique, ces émissions se trouvent évidemment au cœur des négociations environnementales et des engagements étatiques dans cette lutte contre la montre, ce depuis le Protocole de Kyoto. Si les émissions constituent l’une des principales causes du réchauffement, elles constituent également un point crucial d’opposition durant les négociations. Alors que des pays nouvellement industrialisés, comme, pour ne donner que deux exemples, l’Inde et la Chine, estiment qu’ils ne veulent pas être tenus responsables des émissions qui ont permis le développement économique des pays occidentaux, certains États industrialisés, notamment les États-Unis, le Canada, la Russie et l’Australie ne semblent pas, ou plus, enclins à mettre en place des politiques de réduction des émissions. L’avenir des négociations reste donc encore très flou, alors que le sommet de Paris s’approche à grands pas.

Le mois prochain :

Outre les objectifs chiffrés et les engagements en termes de réduction des émissions de gaz à effets de serre, un autre thème évoqué dans les négociations depuis la COP15 à Copenhague est le « Fonds vert pour le climat ». Les finalités et problématiques de ce projet financier de lutte contre le réchauffement climatique seront l’objet de notre prochain article.

 

 Aller plus loin :

 http://blogs.mediapart.fr/blog/maxime-combes/251114/climat-que-faire-dici-2015-et-la-cop21-enjeux-et-perspectives

http://www.developpement-durable.gouv.fr/Quels-sont-les-enjeux,37533.html

http://universite-si.org/spip.php?article224

http://www.reporterre.net/Climat-a-Lima-les-pays-du-monde

http://www.developpement-durable.gouv.fr/L-agenda-des-solutions-qu-est-ce.html

[1] Voir La COP décryptée n°2 pour plus d’informations sur l’AOSIS et ses revendications.

Lisa BIERMANN et Ange CHEVALLIER

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