La fonte des glaces du pôle Nord et du pôle Sud

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Malgré les graves événements que vient de vivre notre pays, ne laissons pas notre réflexion se porter uniquement sur des problèmes qui nous détournent des grands enjeux contemporains. Ce serait faire le jeu de ceux qui nous veulent du mal, et surtout, ce serait oublier que le réchauffement climatique, dont nous sommes tous coupables, est lui aussi source d’insécurité. Reprenons donc notre analyse des conséquences de ce réchauffement, en nous intéressant particulièrement à la disparition progressive de la glace polaire.


Une des conséquences les plus spectaculaires de l’augmentation de la quantité de gaz à effet de serre dans l’atmosphère terrestre, et donc de l’élévation des températures, est la fonte des glaces polaires.

Comme chacun le sait, la glace n’est rien d’autre que de l’eau à l’état solide, qui se forme à une température limite de 0° C. Les glaces polaires n’existent donc que parce que les températures de l’air à la surface du sol ou de la mer, au niveau des deux pôles, sont inférieures à cette limite de changement d’état. Or, les températures estivales au pôle Nord s’établissent en moyenne à 0° C – donc parfois au-dessus de cette température – et même sans l’action de l’homme, la surface de la banquise en Arctique diminue sensiblement en été. Ainsi, une légère augmentation de la température moyenne contribue à une fonte massive de la glace, tout simplement parce que la durée pendant laquelle la température est supérieure à 0° C – et donc pendant laquelle la glace fond – augmente de manière significative. En outre, si les températures s’élèvent aussi pendant l’hiver, la vitesse de reformation de la glace diminue, et la période hivernale ne suffit plus à reformer l’ensemble de la glace perdue pendant l’hiver.

D’après les scientifiques, la hausse des températures du pôle Nord s’établit à 2.6° C pour la saison hivernale et à 0.9° C pour la période estivale, depuis 1950. Cette hausse spectaculaire de température a conduit, en 2012, à l’enregistrement de la plus petite surface de la banquise estivale jamais enregistrée, avec une surface de 3.4 millions de kilomètres carré, soit un repli de près de 60% par rapport aux années 50. En fait, depuis les années 1980, la surface de la banquise estivale diminue de 10% par décennie. En revanche, la situation du pôle Sud est moins catastrophique : la température moyenne n’y a augmenté que de 0.5° C depuis les années 50, et la banquise autour du continent ne connaît pas de recul massif.

Si la fonte des glaces est aussi rapide au pôle Nord, c’est que le réchauffement climatique s’y fait ressentir d’avantage que sur aucune autre région du globe. En effet, un phénomène de rétroaction, évoqué rapidement dans l’article précédent, entre en jeu et accélère le processus. Toute surface est caractérisée par son albédo, soit sa capacité à réfléchir les rayonnements qui l’atteignent. L’albédo de la glace est de 90%, alors que celui de l’océan, liquide, est de 5%. Or, tout rayonnement non-réfléchi, et donc absorbé par une surface, conduit à l’élévation de sa température. Ainsi la fonte des glaces aboutit elle-même au réchauffement de l’océan et du continent, autrefois protégé par une surface réfléchissante : c’est pourquoi la température augmente plus vite au niveau des pôles que nulle part ailleurs. Toutefois, la glace de l’Antarctique (pôle Sud) semble jusqu’à maintenant avoir été protégée par les températures extrêmement basses qui caractérisent cette région du globe : l’élévation de température n’est pas encore assez significative pour que débute véritablement le processus de déglaciation. Question d’effet de seuil, une fois encore. Notons quand même que les scientifiques relèvent régulièrement l’effondrement de vastes plateaux de glace sur le continent, directement imputable au réchauffement climatique.

Mais si la glace ne faisait que fondre, nul besoin de s’alarmer ne se ferait sentir, et tout ce qui précède ne constituerait qu’une jolie explication du fonctionnement d’un phénomène physique, somme toute assez banal. Non, la fonte des glaces, dont le scénario semble se jouer dans un décor lointain et exotique, s’accompagne de conséquences lourdes et irréversibles, qui devraient nous la faire apparaître comme une scène véritablement tragique.

Commençons par la conséquence la plus évidente, celle qui nous touche le plus directement, à savoir l’élévation du niveau des océans. Il convient d’abord de souligner la nécessaire distinction entre banquise et calotte glaciaire. La banquise désigne la partie de l’océan qui se trouve à l’état solide ; la calotte glaciaire renvoie à la couche de glace qui recouvre un continent. Ainsi, on parle de la banquise de l’océan arctique, mais de la calotte glaciaire du Groenland ou du pôle Sud – qui est, à l’inverse de l’arctique, un continent. Cette distinction est fondamentale parce qu’elle permet de comprendre que la fonte de la banquise ne conduit pas à la montée des océans, alors que celle de la calotte glaciaire si. En effet, puisqu’une partie de la banquise émerge et surplombe le reste de l’océan, on s’attend instinctivement à ce que le volume émergé, lorsqu’il fond, augmente d’autant le volume océanique. Mais ce serait oublier qu’une certaine quantité de glace occupe un volume supérieur à une même quantité d’eau liquide. En fondant, l’eau occupe moins d’espace, et cet espace perdu correspond au volume émergé de la banquise.

En revanche, la glace située sur les continents, lorsqu’elle fond, alimente directement le volume océanique. C’est le cas de la calotte glaciaire du Groenland, dont la fonte ne cesse de s’accélérer et d’inquiéter les glaciologues. En effet, la couche de glace recouvrant le Groenland pourrait fondre intégralement et irréversiblement, si le réchauffement climatique venait à dépasser 2° C (et il dépassera 2° C d’ici la fin du siècle), dans un horizon d’environ 8 000 ans. Dans le même temps, l’océan s’élèverait de plus de 7 mètres, engloutissant plus de 2% des terres continentales. A plus court terme, la contribution de la fonte de la calotte glaciaire du Groenland à l’élévation du niveau des océans s’établit à 0.5 millimètre par an. En outre, depuis les années 90, le niveau de la mer s’élève de 3 millimètres par an en moyenne, et les experts du GIEC estiment que cette élévation pourrait atteindre un total de 1 mètre en 2100 par rapport au niveau de 1992. Petit détail, aujourd’hui environ 100 millions de personnes vivent moins d’un mètre au-dessus du niveau de la mer. Cela nous amènera, dans un autre article, à évoquer les futures migrations de millions de personnes causées directement ou indirectement par le réchauffement climatique.

 

Mais les conséquences de la fonte des glaces ne s’arrêtent pas là. Loin de ne représenter qu’un  danger pour l’homme, elle menace directement l’ensemble de la biodiversité des espaces polaires. En effet, les équilibres biologiques sont extrêmement fragiles et la présence d’une espèce sur un territoire peut ne tenir qu’à une conjonction de facteurs extrêmement précise. Or les bouleversements sur le milieu de vie des espèces polaires provoqués par la fonte des glaces sont absolument gigantesques. Par exemple, l’ours polaire est totalement dépendant de la présence de la banquise, qui lui assure son habitat mais aussi sa nourriture, puisqu’il chasse le phoque dans les failles de celle-ci. Si la banquise venait à disparaître, l’ours blanc, privé du seul milieu lui permettant d’assurer sa subsistance, disparaîtrait avec elle. Mais au-delà de cet exemple emblématique, de nombreuses autres espèces sont directement menacées par la disparition de leur habitat polaire. Et à l’inverse de l’ours blanc, dont la disparition aurait un impact limité sur le reste de la biodiversité, certaines de ces espèces menacées sont à la base de la chaîne alimentaire. C’est notamment le cas du krill, petite crevette dont la biomasse à l’échelle de la terre en fait une des espèces les plus abondantes du globe et qui constitue la nourriture de base de très nombreuses espèces de poissons et d’oiseaux, notamment dans les régions polaires. Or on estime que la population de krill a diminué de 80% depuis les années 70, recul massif dû, outre une pêche excessive, à la diminution de la surface de la banquise antarctique, qui constitue un habitat propice à sa reproduction. La disparition de ce maillon essentiel dans la chaîne alimentaire serait tout simplement catastrophique pour l’ensemble de la biodiversité. La forte diminution des réserves de krill a déjà, à titre d’exemple, entraîné le recul de près de 60% des effectifs de certaines populations de manchots.

A la suite de cette présentation rapide du processus de fonte des glaces et de ses conséquences, on comprend que les mécanismes naturels déclenchés par l’élévation de la température terrestre sont proprement colossaux : on parle de milliards de mètres cubes de glaces qui ont déjà fondu et sont encore amenés à fondre, et surtout, de phénomènes qui, une fois en marche, ne pourront plus être empêchés. Il semblerait que l’homme, en perturbant le climat naturel de notre planète, ait mis le doigt dans l’engrenage d’un énorme moteur, qui une fois lancé, pourrait avoir du mal à s’arrêter. Ou du moins pas avant d’avoir causé des dégâts gigantesques.

 

Thibault Ingrand

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